Paris – Antoine est l’archétype d’une génération romantique à laquelle rien ne semble réussir malgré des efforts et un respect considérables. Jusqu’à ce soir, il était en couple avec Myriam, une jeune fille « brune aux yeux d’océan glacé tel mon âme depuis qu’elle est partie.« 

Antoine et Myriam s’étaient rencontrés après s’être entrevus, et surtout après avoir échangé de longs messages lyriques et philosophiques sur Facebook parce que « Myriam, tu vois, elle a eu que des sales expériences avant qu’elle me rencontre et se mette à coucher avec tous ses potes. C’est la preuve qu’elle se sentait enfin bien. Je comprends pas, je suis perdu, je vais à gauche en regardant à droite, j’essaie de tenir le coup en position fétale.« 

Myriam, de son coté, estime qu’elle a fait son possible, et qu’il n’a pas été facile pour elle de mettre fin à cette relation, mais son argument semble solide :

« Je me sentais mal avant lui, je me sens mieux à présent mais vu son état avant qu’on soit ensemble, ça revenait à prétendre aller bien ensemble parce qu’on ne se faisait pas aller moins bien. C’est confus mais en gros ça m’a donné du temps pour réfléchir sans une personne activement nocive autour de moi, et maintenant j’ai envie de respirer sans devoir être l’infirmière de mon couple, ou alors j’ai envie de baiser sans avoir à parler de nos derniers bad trips juste après, au choix. Bon, ok, je me fais chier avec lui et j’ai fait semblant d’être philosophe pour commencer une relation stable avant de réaliser qu’on peut avoir une relation inexistante, du fun ET aller bien. Sayonara et qu’il oublie pas de voter Méluche, c’est mon dernier conseil.« 

Antoine a joué sa dernière carte dans l’après-midi :

« J’ai enchainé les posts sur Facebook. J’ai commencé avec une réécriture de Fauve, c’était beau, ça donnait un truc du genre

Oh oh oh qu’est-ce que tu fais? Reviens! 

Qu’est-ce qu’il te prend de dire des trucs pareils ? 

Pourquoi tu nous fais du mal comme ça? 

Qu’est ce qui ne va pas? Parle-moi, tu sais que tu peux tout me dire 

Qu’on pleurera nos souffrances ivres ensemble tu le sais 

Regarde-moi dans les yeux. Regarde-toi, regarde-moi m’y noyer 

Moi je te trouve magnifique. Depuis la première fois que je t’ai parlé sur Facebook 

D’ailleurs, je ne m’en suis toujours pas remis 

Et puis comment je ferais sans toi moi ? 

Et puis comment je fais pour expliquer à l’univers que j’y reparle parce que t’es pas là ? 

Ça ne pourra jamais fonctionner. C’est impossible 

Alors faut pas pleurer! Faut pas pleurer

Parce que ça va aller je me le promets, ça va aller

J’ai tout donné, ensuite j’ai posté la chanson. Elle a même pas liké.« 

Antoine a attendu quelques heures avant de lui envoyer un dernier message, un poème digne de Lamartine.

« J’aime beaucoup les poètes romantiques. C’est ma source d’inspiration. L’amour, c’est une souffrance savourée seul mais partagée une fois déguisée en sourires, c’est beau comme pleurer après avoir testé le vieux missile de nos ébats. J’ai fait rimer « temps » avec « ta peau. » Je sais la rime est imparfaite mais ma touche personnelle c’est le vers libre parce que ce qui lui plait, c’est ma capacité à éviter les règles, les défis et le clitoris.« 

Myriam n’a pas répondu mais sa détresse 2.0 n’a pas laissé internet insensible : 600 partages, plus de 500 commentaires, Antoine n’est pas seul face à son combat. Certains partagent leurs expériences et estiment qu’Antoine leur a montré qu’on peut pleurer une relation à la con en public sans passer pour une andouille.

Léo Bloume, l’une des personnes ayant commenté le post, nous donne une conclusion romantique et optimiste à ce drame :

« J’étais avec l’amour de ma vie, elle me trompait mais ça n’explique pas pourquoi elle est partie. Je ne lui en voulais pas, parce qu’après tout, si mon meilleur ami lui éjaculait sur le visage mais que c’est dans mes bras qu’elle s’endormait deux fois par semaine, qui était vraiment gagnant ?« 

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